mardi 5 décembre 2017

Günter Christmann : enregistrements recommandés d'un artiste exceptionnel

 Incroyable : un nombre de plus en plus importants de musiciens improvisateurs radicaux ignorent qui est Günther Christmann, tromboniste, violoncelliste, un des principaux initiateurs de l'improvisation libre radicale en Allemagne et aussi concepteur de l'interdisciplinarité vivante entre musique, danse, arts graphiques / films expérimentaux, poésie etc... et organisateur incontournable. Faut-il rappeler sa collaboration avec Alex von Schlippenbach au sein du Globe Unity Orchestra, Paul Lovens et Peter Kowald durant les premières années septante. Dès 1972, son duo avec le percussionniste Detlev Schönenberg créait un univers nouveau. Comme contrebassiste, GC a laissé des témoignages enregistrés remarquables.  Dès 1974, il a travaillé avec des danseuses telles que Pina Bausch et Regina Baumgart et a proposé sa propre version de Company avec le groupe à géométrie variable VARIO pour improvisateurs, danseurs, acrobates, clowns... Paul Lovens, Maarten Altena, John Russell, Maggie Nicols, Phil Minton, Torsten Müller, Mats Gustafsson, Thomas Lehn, Roger Turner, John Butcher en on fait partie. Plus récemment, plusieurs artistes de grand talent ont émergé dans son sillage comme le contrebassiste Alexander Frangenheim et le percussionniste Michael Griener. Dans ce contexte , il est devenu le tromboniste de l'extrême, rompant spontanément une démarche linéaire ou répétitive par de subtils changements de registre , textures dynamiques, actions... Aussi, sa série de concerts Hohe Üfer Conzert à Hannovre  a joué un rôle considérable de 1972 à 2015 offrant des conditions de travail exceptionnelles aux artistes en faisant jeu égal avec les programmes de FMP à Berlin qu'il a relayé offrant à de nombreux improvisateurs de nouvelles perspectives. L'activité musicale de Günther Christmann est aussi incontournable et influente que celles d'Eddie Prévost, Evan Parker, John Stevens, Derek Bailey, Fred Van Hove et consorts. C'est un artiste très exigeant avec lui-même, intransigeant avec l'esthétique et toutes vues carriéristes, opportunistes ou mercantiles. On peut dire qu'il représente l'esprit de l'improvisation libre et qu'il a un art consommé pour exprimer en les synthétisant spontanément plusieurs idées et approches en trois minutes. Une concision absolument essentielle. Sa démarche de graphiste et plasticien est en accord total avec celle du musicien. En outre, sa principale collaboratrice , Elke Schipper est une vocaliste hors pair et une poétesse sonore de haute volée. Franchement, je pense que bon nombre d'improvisateurs auraient tout à gagner de confronter leur pratique d'improvisation à la sienne et de s'intéresser à sa démarche pour en prendre de la graine. Comme il le dit , l'art, la musique et son exptession  ne sont jamais assez réussi(e)s.
Donc, j'ai rassemblé ci- dessous toutes les chroniques écrites par moi-même à propos des albums dans lequel Günter Christmann est impliqué, en commençant par les plus récentes 
Stratum Elke Schipper & Günter Christmann edition explico 21 2015

On connaît Maggie Nicols, Julie Tippetts, Jeanne Lee, Tamia, Catherine Jauniaux, Isabelle Duthoit, Ute Wassermann, toutes artistes essentielles de la voix, mais on ignore encore qui peut bien être Elke Schipper. Poète sonore animée par un vrai talent de chanteuse et une diction affolante, Elke Schipper est la compagne du tromboniste et violoncelliste Günter Christmann, une des personnalités les plus incontournables de la scène de la musique improvisée libre depuis ses balbutiements. Parmi ses pionniers marquants tels  Derek Bailey, Evan Parker, Fred Van Hove, AMM et quelques autres, Christmann est un chef de file au point de vue des concepts, de son apport personnel et de son influence esthétique. Les albums révélateurs de GC furent publiés par FMP et Moers Music, il est associé depuis 1971 avec Paul Lovens et une série de contrebassistes comme Maarten Altena, Torsten Müller et Alexander Frangenheim et fut membre du Globe Unity Orchestraet du King Übu Orkestrü. D’Elke Schipper, Edition explico a déjà publié un opus mémorable, Parole (Gertraud Scholz Verlag/explico cd004 - 1994), un rare album solo. On la trouve aussi à son avantage  avec d’autres improvisateurs : Push Pull  (Vario 51 avec Christmann, Michael Griener et Alberto Braida, ed explico cd 20), Core avec Alex Frangenheim et Christmann à nouveau (Creative Sources). Elle a participé aussi au projet the sublime and the profane (ed explico 19) qui mériterait une vraie chronique. Basés dans la région d’Hanovre, on les entend très peu hors de cette partie de l’Allemagne. Donc, ce stratum (120 copies) composé de 21 miniatures autour des deux minutes (minimum 1:06 et maximum 3:12) vient bien à point. Un coup de peinture jaune de GC adhère au boîtier transparent du Cdr et se détache sur le fond noir du papier au dos duquel sont imprimés les crédits de l’enregistrement. Celui-ci nous fait goûter la conjonction créative de l’improvisation instrumentale spontanée et pensée en amont de Günter et de la recherche vocale expressive d’Elke basée sur des phonèmes, des bruits de bouche et des fragments de mots intégrés dans un flux d’une grande finesse. Une suite de morceaux intitulés stratumde 11 à 26 pour voix, violoncelle ou trombone en compose la majeure part. Les six premiers morceaux nous font entendre Christmann au violoncelle dans une sorte de contrepoint discontinu qui épaule et commente la voix de sa partenaire dans un rapport dynamique. L’échange est subtil : chacun invente sur le champ dans une manière d’écriture automatique sans se faire l’écho du matériau musical, des sonorités etc… de l’autre. Au trombone dans les stratum de 17 à 19, GC va chercher des petits sons : harmoniques, vocalisations, tremblements et craquement de la colonne d’air, chuintements de l’embouchure articulés avec des silences éloquents qui laissent de l’espace pour les multiples sons vocaux évoquant le pivert ou quelques gallinacées, aspirations, exclamations, successions de mots étouffés, de syllabes atrophiées, souffle et chant lèvres fermées. Tentatives désespérées d’exprimer l’indicible. Cette série de stratum de11 à 19 est suivie par quatre pièces, Leib & Seele 1 à 4 où Christmann gratte et frotte les cordes d’une cithare de manière ludique créant la surprise un peu comme le faisait Derek Bailey avec sa guitare acoustique trafiquée à 19 cordes (cfr l’abum en duo avec Braxton de 1974) laissant l’initiative aux glossolalies improbables d’Elke Schipper, alternant logique et déraison. Le n° 14 est un superbe solo de poésie sonore, qzah (2:44) où la vocaliste donne toute sa mesure d’invention phonétique en métamorphosant  des phonèmes – simulacre de mots interrompus - mélangeant l’audible et l’inintelligible avec un sens du timing et de l’essoufflement peu ordinaires comme si éternellement contrariée, elle cherchait à dire quelque chose sans y parvenir, rebondissant sur des syllabes ingrates et des bribes d’interjections. Succèdent alors les 7 pièces suivantes de stratum 20 à 26 où interviennent le trombone (20-23) et le violoncelle (24-26). Cette deuxième série de stratum (s) est encore plus éclatée que la précédente mais tout aussi cohérente. Deux remarques fondamentales : contrairement à de très nombreux improvisateurs, la démarche de Christmann se concentre sur des formes courtes qui concentre une grande variété de timbres, de sons, de mouvements, de bruitages d’instrument et des changements rapides de registre, de dynamique, passant fréquemment d’une idée à l’autre de manière naturelle. La démarche d’Elke Schipper est tout à fait similaire de ce point de vue et c’est de leur connivence et du refus de « se copier » ou « se suivre » de manière évidente (questions – réponses) que naît une sorte de continuité faussement hasardeuse et étrangement convaincante. Stratum : chacun apporte sa strate personnelle et celle-ci interagit avec celle-là dans un mode poétique, imprévisible. Il y a quelque chose de léger, d’éphémère, une absence de prétention, de la fantaisie dans cette pratique de l’improvisation qui va au cœur du processus ludique. Point n’est besoin de ‘développer son matériau’ consciencieusement durant vingt ou trente minutes pour faire sens. Un document important et passionnant. Un label incontournable.

the art of the DuO Vario 50 Günter Christmann Elke Schipper John Butcher Paul Lovens Lenka Zupkova Paul Hubweber Alexander Frangenheim Joachim Zoepf John Russell Thomas Lehn Torsten Müller Mats Gustafsson Michael Griener editions explico 22  2017

Vario est un projet de rencontres improvisées, proposé par le tromboniste et violoncelliste Günter Christmann et dont ce musicien improvisateur essentiel nous présente dix sélections parmi les improvisations en DuO qui se sont déroulées à l’occasion de l’édition n° 50 les 11 et 12 octobre 2014 à Hannover. Günter Christmann trombone, Elke Schipper voix, John Butcher sax ténor, Paul Lovens percussions, Lenka Zupkova alto, Paul Hubweber trombone, Alexander Frangenheim contrebasse, Joachim Zoepf clarinette basse et sax soprano, John Russell guitare, Thomas Lehn synthetizer, Torsten Müller contrebasse, Mats Gustafsson sax ténor, Michael Griener percussions. Dix morceaux entre les deux et les 8 minutes. Certains artistes n’apparaissent qu’une seule fois comme Lovens avec Butcher, Lenka Zupkova avec Hubweber, Frangenheim avec Zoepf, Elke Schipper avec John Russell ou Mats Gustafsson et Michael Griener ensemble. Dès le premier morceau, John Butcher et Paul Lovens nous offrent déjà un morceau d'anthologie, sax ténor et percussions. La voix d'Elke Schipper sublime le jeu de John Russell. Retrouvailles de Gunther Christmann avec son vieil ami Torsten Müller qui fut un de ses collaborateurs les plus proches avant de s’établir aux USA. Et une belle surprise: les deux trombones de Christmann  et Hubweber, côte à côte. Ce qui compte dans cette sélection est le sens de chaque morceau choisi et pas le style de chaque individu, ni le nombre de participations de chacun. Les morceaux sont choisis en vue d'illustrer une manière d'improviser, un moment particulier, un instant de grâce. Concision, exemplarité de chaque intervention, goût de l’épure, moment éphémère, travail sur le son, évitement de la virtuosité, grande qualité de communication. Les morceaux sont publiés dans l’ordre de la performance durant l’après-midi du 11 octobre consacré aux seuls duos. Il y a un esprit et un style Günter Christmann et chaque musicien est en phase avec lui. Le moindre son, le moindre signe sonore a un sens. Les vvrrp de Thomas Lehn prennent une signification absente ailleurs. On a peine à reconnaître Mats Gustafsson et on distingue clairement Gunther et Paul H dans leur chassé-croisé même s'ils font exprès de se rejoindre. Chaque CD’r est numéroté à concurrence de 214 copies et n'est vendu que via Günter Christmann lui-même. Lorsque vous lirez ces lignes, cet album fait à la maison en édition limitée sera sans doute déjà vendu jusqu’au dernier. Deux tirages photos des danseuses Regina Baumgart et Fine Kwiatkowski, participantes silencieuses, en prime. Ai écouté le N°109. Incontournable label et sélection d'improvisations exemplaires ! 
PS : adressez - moi un message via Facebook et je peux vous expliquer comment obtenir des edition explico !

dialog(ue)s,  interaction of music and drawing Günther Christmann  cello & trombone Jörg Hufschmidt drawing on snaredrum.  Ed Explico 17 : un cédé et un dvd. 80 copies limitées et numérotées et 14 copies en édition spéciale avec 14 reproductions laser des dessins de JH dans une boîte en bois recouverte d’un verre réalisé par GC. Enregistrements les 7 et 8 mars 2013.




47 minutes pour 16 dessins de Jörg Hufschmidt sonorisés par le violoncelle ou le trombone de Günther Christmann, les dessins 10 à 16 étant visibles sur le dvd de 16:30. Dans le jewel box, on trouve quelques reproductions des dessins au format pochette cd. La musique est à la fois faite par le dessinateur et le musicien de manière à ce que ces dialog(ue)s  en soient vraiment un , ou des. Les sons de la caisse claire de Hufschmidt sont émis par son travail sur le papier par frappes, coups, grattages, frottements etc… mais ce n’est pas de la « batterie » La dynamique mouvante et superbement nuancée du violoncelle et son sens inné du crescendo/ decrescendo sur la moindre note rendent cette interaction éminemment musicale. Comme toujours, Christmann a le sens de la forme de l’instant. Son esprit et sa sensibilité insuffle une émotion retenue, une aura sonore unique quelque soit l’aspect de son travail au violoncelle au pizzicato ou à l’archet « écrasé » ou tendu en passant de l’un à l’autre. Dans le n°6, il y a un véritable dialogue rythmique entre les deux. Intervient alors le trombone et ses sussurements, sauts de registres, percussions de l’embouchure, effets de souffle, tremblements de lèvres, suraigus, vocalisations étouffées, harmoniques fugaces, articulations rapides de quatre sons aussi éloignés qu’il est possible, suraigus sifflés, etc... Epure du mouvement et sonorisation du geste, son improvisation, qui semble décousue, crée une structure qui se superpose au gestes du dessinateur et crée un grand moment musical (4 :58). Le n° 8 va encore un peu plus loin pour répondre aux grattages du dessinateur qui fait carrément grincer et siffler la peau ou l’outil. Les gestes et le trombone ne font parfois plus qu’un. Et puis l’articulation du tromboniste assemble les morceaux épars de son trombone et des timbres hors champ. On est vraiment gâté car le trombone continue dans la pièce suivante, plus courte (1 :08) et offre encore une autre configuration de la déconstruction du langage de la coulisse et du pavillon.  La partie de violoncelle en pizzicato du n° 11 est à la fois mouvante, fluide et compose avec les bruitages du dessinateur jusqu’à s’effacer.  Dans la pièce suivante, la tension monte encore sans pour autant que le violoncelliste n’aie à jouer plus vite ou plus fort. L’attaque de la corde est soudain ultra-rapide mais se concentre sur quatre sons pour suspendre le mouvement dans un vide silencieux un très bref instant et repartir de manière surprenante. La maîtrise rythmique est remarquable car il singularise une dizaine de valeurs musicales temporelles différentes et parfois contradictoires dans le moment le plus bref qui soit. Il dit tout en cinq secondes. La qualité de l’enregistrement n’est sans doute pas parfaite, mais suffisante pour apprécier un des plus grands créateurs de l’improvisation libre radicale. Et les deux reproductions de dessins montrent clairement la véritable osmose qui unit les deux pratiques, musicales et graphiques dans l'action, ici réunies. Exemplaire ! 
L'album contient un DVD où certains des enregistrements sont VISIBLES (en noir et blanc et cela avec une excellente qualité sonore. On voit très bien Jörg Hufschmidt participer en jouant sur un papier à dessin posé sur la caisse claire comme un musicien face aux facéties du violoncelliste. Fascinant. L'interaction est aussi intense que subtilement multiple, les deux artistes évitant le trop évident "call and response". 
Hors de son label auto produit (à peu d’exemplaires) Edition Explico, on entend trop peu Christmann, tant sur scène hors du Nord de l’Allemagne qu’en disque. Alors c’est le moment de découvrir ou redécouvrir cet acteur essentiel en s’adressant directement à lui. (Pas de site internet)
Ed Explico Weserweg 38  D-30851 Langenhagen.
(NB les improvisateurs libres « praticiens – collectionneurs » connaissent son adresse par cœur).

Alberto Braida & Günter Christmann in time edition explico 16
CDr édition limitée à 120 copies

Enregistrement de 2010 que j’avais acquis bien tard et cité dans une chronique consacrée aux albums Vario 41 et Vario 44 et In Time sans détailler les merveilles de ce dernier. Donc voilà ! Publié à 120 copies en 2011, on peut espérer que cet In Time  est encore disponible parce que cela vaut vraiment la peine. 14 pièces en duo entre 6:12 maximum jusqu’à 2:32 pour la pièce la plus courte et généralement dans les trois ou quatre minutes. Pochette illustrée collage évoquant les panneaux de bandes fléchées noires et blanches des autoroutes … Dites-vous que chaque CD’r est une œuvre en soi et numéroté : les pochettes varient d’un numéro à l’autre.  La forme de la musique est concentrée et fourmille de détails, car les deux improvisateurs font mouvoir les paramètres de jeu, le toucher des instruments, la dynamique, la vitesse d’exécution, avec accélérations, ralentandos, …. Le pianiste attaque le clavier et les cordes de manière faussement brutale,  pinçant simultanément les cordes en actionnant les touches. Entre chaque doigté, de brefs espaces de silence où viennent éclore une exquise bulle de souffle irréelle au-delà de la limite « normale » du trombone. Günter Christmann a mis au point un jeu extrême immédiatement reconnaissable, fait de bruissements, de suraigus qui glissent d’une note à l’autre avec une grâce infinie, de vocalisations irréelles. Au violoncelle, on sent bien qu’il fut un funambule de la contrebasse, comme on peut l’entendre en solo dans ses albums des années septante (Solomüziken for Trombone und Kontrabass C/S records/Ring Rds et Topic, Hi-FI Thelen/Moers Music). Le style d’Alberto Braida défie le bon goût du piano contemporain post-classique ou surtout jazz d’avant-garde. C’est un album qui personnifie au mieux l’improvisation libre. Il y a la fantaisie et une profonde créativité ludique dans l’instant. Les musiciens n’hésitent pas à couper leurs élans pour poser des questions, chercher, raturer, approfondir, changer d’humeur , jouer avec les couleurs, les timbres et surprendre. Le titre In time signifie tout simplement que le travail sur le temps, le tempo, le fait de jouer à la fraction de seconde près est la préoccupation de tous les instants car le jeu du musicien doit coïncider avec les occurrences sonores, le relief etc… de son partenaire. Tout praticien de l’improvisation libre (radical) se doit d’écouter Günter Christmann. Il y a quelque chose qui apparaît dans sa musique qui est trop souvent absente ailleurs. Par exemple : le « Noodling », mot qui veut dire jeu continuel et linéaire à rallonges, est proscrit ici. En écoutant ceci, on se demande si certains collègues (voire, même nombre d’entre eux)  comprennent le sens du vocable « musique improvisée libre » et son implication dans la pratique musicale. Christmann et Braida ont un malin plaisir à brouiller toutes les pistes dans une série de quatorze miniatures où la notion du temps « qui dure) s’évade et disparaît dans une abondance kaléidoscopique de sonorités sublimées par un sens inouï de l’épure. Alliage peu commun de l’expressionnisme (retenu) et de l’introversion. Sachant que GC est un adepte de l’action painting, on peut dire que chacune des 14 improvisations semblent être un tableau où les sons sont concentrés et disposés dans la durée comme les couleurs, les traits, les textures sur le canevas. Fantastique !

Remarque : je ne vais pas tarder à écrire sur "the sublime and the profane" edition explico 19, double cd fiché d'un carré de contreplaqué cacheté! Des improvisateurs jouent en duo avec des sons de la vie de tous les jours : casseroles, bandes adhésives, radios, machine à café, douches, dessins sur caisse claire, bouteilles, boîtes, aspirateur, chants d'oiseaux.... ! Avec Christmann, Elke Schipper, Mats Gustafsson, John Russell, Michaël Griener, Alexander Frangenheim, Joachim Zoepf et Alberto Braida.


-Vario 41 Boris Baltschun John Butcher Gunther Christmann Michael Griener  edition explico 14 (2004 cdr à120 copies) 
-Vario 44  John Butcher Gunther Christmann Thomas Lehn John Russell Dorothea Schürch Roger Turner edition explico 15 ( 2006 cdr à 250 copies) 
-In Time Gunther Christmann Alberto Braida  edition explico 16 (2010  cdr à 120 copies)

Il fut un temps très éloigné où Gunther Christmann était un improvisateur libre aussi bien documenté en disques que ne l’étaient Derek Bailey et Evan Parker et ses disques étaient relativement bien distribués dans le réseau Incus- FMP-Moers-ICP-Futura etc…. Chef de file de l’improvisation radicale sur le continent, le tromboniste - contrebassiste,  et puis violoncelliste, avait publié pas moins de quatre albums avec son compère Detlev Schönenberg (un percussionniste mémorable qui a définitivement abandonné la scène il y a trente ans) pour FMP et Ring Records. Lorsque Ring se transforma en Moers Music, le label n’eut pas moins de quatre vinyles de Christmann à son catalogue. Tous ces documents sont aujourd’hui indisponibles sur le marché. Les copies qu’on trouve en « occasion » ou en « collectors » restent à un prix relativement accessible car le patronyme de cet improvisateur essentiel ne fait pas l’objet du snobisme des acheteurs branchés de raretés, lesquels sont souvent/parfois plus fétichistes que mélomanes, si j’en crois les  résultats du site collectorsfrenzy. Quant à la production de Gunther Christmann de ces vingt dernières années et de son projet Vario, elle échappe au radar des labels qui furent, il n’y a guère, bien distribués (Emanem, Incus, FMP, Intakt, Victo, Potlatch). Sur la foi de la participation de Paul Lovens et Mats Gustafsson, FMP -  repris en main par Jost Gebers – a bien édité un superbe trio enregistré à l’époque où le souffleur nordique commençait à défrayer la chronique, mais je pense que cd CD a dû passer inaperçu. Le tromboniste de Langenhagen, qu’on entend aujourd’hui jamais bien loin d’Hambourg ou d’Hanovre, confie l’essentiel de sa production à sa modeste edition explico, sous forme de CDr publiés dans leur boîtier d’origine sur le quel est collé une plaque de bois ou avec une épreuve photographique originale, Christmann étant aussi un artiste graphique pour le besoin de la cause. Ainsi le morceau de bois rectangulaire  de Vario 44  a le titre tamponné trois fois à l’encre rouge en tête bêche, transformant ainsi le CDR (excellente qualité sonore) en pièce de collection / œuvre d’art qu’il vend exclusivement à un prix supérieur au CD sans même en livrer des copies aux critiques ou à ses copains et même, je parie, à ses collègues les plus chers. C’est pourquoi on n’a peu d’échos de sa production même si Vario 34-2, sorti en en 1999 chez Concepts of Doing, rassemblait Paul Lovens, Mats Gustafsson, Christmann lui-même, Thomas Lehn, Frangenheim et le guitariste suédois Christian Munthe, alors complice habituel de Mats G, et compte parmi les meilleurs exemples d’improvisation collective qui sublime les marottes individuelles des participants pour surprendre et raviver nos sens. Vario est donc un ensemble à géométrie variable, fondé en 1979 et, sans doute, l’alternative la plus réussie aux Company de Derek Bailey. Depuis 1976 et son album solo publié par C/S, Gunther Christmann a initié le sens de l’épure bien avant tout le monde. Savoir exprimer un enchaînement d’idées complexes en moins de deux minutes. 
Ici, le grand art est au tournant, spécialement, cette conversation à six de Vario 44 où la profusion des voix individuelles et des paramètres possibles revête une exemplaire dimension constructive et interactive. Vous entendrez très rarement  des improvisateurs (très) réputés adopter ces modes de jeux qui permettent à plus de trois ou quatre musiciens de se faire entendre et développer la musique collective aussi bien qu’en trio. Comme souvent chez Christmann, on a droit à  la déclinaison de l’ensemble dans toutes les formules à raison de 20 morceaux.  Souvent les « connaisseurs » se réfèrent à des noms d’artistes réputés, ici John Butcher, Thomas Lehn, John Russell, Roger Turner, pour porter une évaluation a priori du groupe… Vous pouvez oublier cette façon de voir les choses ici. Si, par exemple, un Derek Bailey avait dû se joindre à Vario 44, cela aurait été à contremploi. Par contre, un Phil Minton aurait été tout indiqué. Dorothea Schurch s’intègre d’ailleurs parfaitement en ajoutant une touche poétique. Joëlle Léandre insiste toujours pour que dans de tels groupes (sextet , septet), on organise le déroulement du concert de manière à tirer parti du potentiel en duos, trios , quintet avec un sens de la forme et une logique. Les auditeurs ne sont pas là pour s’emmerder. Rompu à ces exercices et grâce à l’exigence de Christmann, les musiciens parviennent à marier l’équilibre instable de l’improvisation avec un sens de la forme exceptionnel et les outrances sonores radicales.
Cette session de 2006 fut aussi l’occasion pour John Russell et Roger Turner de renouer avec leur camarade et d’apporter leur grain de sel éminemment british dans cette super-session. Édité à 250 copies, il en reste encore : edition.explico.music.art@web.de . Quant au duo du pianiste Alberto Braida avec Christmann, sa fraîcheur et l’esprit de recherche qui les animent fait qu’on réécoute volontiers leur In Time
J’ajoute encore qu’Edition Explico avait publié un superbe témoignage de la rencontre de G.C. avec Phil Minton, For Friends and Neighbours. Cet opus rend Edition Explico incontournable…. . Il vaut mieux tard que jamais …….

Core  Gunther Christmann Alexander Frangenheim Elke Schipper Creative Sources cs cd 183
Core : centre en français. Le tromboniste et violoncelliste Gunther Christmann a été durant des dizaines d’années un des principaux musiciens au centre de la scène improvisée libre continentale. Dès le début des années 70 en Allemagne, lui et Paul Lovens ont contribué à créer /lancer  cet univers musical dans une trajectoire radicale à l’écart des formules toutes faites du free-jazz, même le plus outré. Il y eut à cette époque déjà un bon nombre d’improvisateurs libres, mais ces deux artistes ont eu une position centrale et exemplaire (chefs de file) par l’invention et la haute qualité de leurs musiques, ainsi que toutes leurs initiatives, les concerts et disques qu’ils ont produits. Leur apport dans le développement et l’utilisation des techniques instrumentales alternatives est incontournable. Le centre en improvisation libre c’est aussi le territoire commun des parties en présence, ce qui unit chaque artiste l’un à l’autre. Compagne de Christmann dans la vie, Elke Schipper est une improvising poétesse sonore qui manie le verbe en jouant des mots, des syllabes, des consonnes et voyelles qu’elle tord, distend, projette, secoue, aspire, crache ou énonce à une vitesse étourdissante. Alexander Frangenheim est depuis vingt ans le contrebassiste de prédilection du tromboniste et tous deux eux ont en commun plusieurs enregistrements en commun sur leurs labels frères Ed. Explico et Concepts of Doing. Christmann a toujours été associé à un contrebassiste et a joué lui-même de la contrebasse dans les années septante avant d’adopter le violoncelle.  Il s’agit bien d’un groupe véritablement intégré où chacun est concerné par le travail des autres et partage des idées musicales très proches.  Chez Gunther Christmann, on entend des similitudes dans le traitement des sons du trombone et du violoncelle dans l’attaque et le choix des timbres et son jeu sur un des deux instruments fait songer à celui qu’il développe avec l’autre. Cette façon caractéristique de presser l’archet et la corde ou de saturer la colonne d’air avec réserve, et aussi toutes les nuances de l’effleurement. Le contrebassiste s’intègre parfaitement dans son univers et avec les couleurs particulières de la musique de son collègue : il dira sans doute qu’il a trouvé chez son partenaire, l’improvisateur idéal. Core se compose de quinze morceaux : rac – 3:37, rac – 4:44, rac-3:38 etc… en fonction de la durée de chacun, quelques-uns au trombone et le reste au violoncelle. Tout comme le tromboniste – violoncelliste a déconstruit la syntaxe de l’instrument en étendant ses possibilités expressives, la voix d’Elke Schipper a adopté cette direction en transformant le langage et les éléments sonores qui le composent. Les deux instrumentistes rivalisent de trouvailles très détaillées qu’ils semblent sous-jouer comme pour créer l’espace nécessaire pour que la voix puisse exprimer le moindre ppp du bout des lèvres. Ces trois improvisateurs jouent une musique libérée où les paramètres conventionnels ont explosé, mais ils le font avec la plus grande précision. Pas moins de sept morceaux durent autour de trois minutes trente (3:37, 3:38, 3:36, 3:46, 3:30, 3:42, 3:39) et  cinq ont la même durée à une ou deux secondes près. On jurerait que c’est délibéré. Une véritable merveille d’inventions sonores spontanées et réfléchies, grave et ludique. Un raffinement inouï dans les timbres pour le plaisir des oreilles.

King Alcohol (NewVersion) FMP 0060 Rüdiger Carl Inc. Rüdiger Carl Günter Christmann Detlev Schönenberg Corbett vs Dempsey CvsD CD0032. Double cd avec des inédits.
Après la série de rééditions historiques des albums FMP de Brötzmann et Schlippenbach, de Sun Ra, Fred Anderson etc.. et d' inédits incroyables(*)  par Atavistic/ Unheard Music Series sous sa conduite, le journaliste et chercheur John Corbett s’est lancé plus avant dans cette entreprise via son label Corbett vs Dempsey en exhumant des trésors vinyliques comme les solos de Joe McPhee (Glasses,Variations on a Blue Line), le Tips de Lacy avec Steve Potts et Irene Aebi et le Push Pull de Jimmy Lyons, tous publiés initialement par Hat Hut. Mais aussi des inédits de McPhee en solo et de Brötzmann, dont un 1971 avec Bennink et Van Hove. Tout récemment, Esoteric d’Olu Dara et Philip Wilson, There’ll be No Tears Tonight, l’album alt country d’Eugene Chadbourne enregistré en 1980 (avec Zorn), un duo de McPhee avec André Jaume, des solos de Leo Smith, Billy Bang et d'Hans Reichel datant des seventies, un Tortured Saxophone de Mats Gustafsson. Cela frise parfois la collectionnite : des intégrales des enregistrements complets  du Nation Time / Black Magic Man  (4cd) et du Vassar College 1970 (2cd) de Joe Mc Phee, et des curiosités du même en multitracking, sans parler de mini cd où on trouve un ou deux  morceaux de 5 minutes. CvsD est particulièrement focalisé sur Joe McPhee, Peter Brötzmann, Mats Gustafsson et Ken Vandermark. Et Alan Wilkinson, Michel Doneda, Stefan Keune, Paul Hubweber, Gianni Gebbia ??? Je dis ça, je dis rien. 
Mais je ne vais pas me plaindre de la parution du King Alcohol (New Version) du Rüdiger Carl Inc, le sixième album du label FMP réunissant Rüdiger Carl au sax ténor, le tromboniste Günter Christmann et le percussionniste Detlev Schönenberg et enregistré en janvier 1972 à la légendaire Akademie der Künsten de Berlin. Là se déroulaient les extraordinaires festivals Total Music Meeting organisés collectivement par Jost Gebers, Brötzmann, Schlippenbach, Kowald et cie. Citoyens de Wuppertal tout comme Brötzmann, Kowald et Hans Reichel, Carl et Schönenberg formaient un trio relativement agressif avec Günter Christmann dans la lignée de la panzer musik des Peter Brötzmann Trio ou Octet, des groupes de Schlippenbach ou du Peter Kowald Quintet où on trouvait déjà Christmann avec Paul Lovens, une génération d’écluseurs de fûts de bière avec des choppes d’un demi-litre ! Les albums-brûlots de ces groupes furent les premiers à être publiés par FMP et les connaisseurs les appellent par leur numérotation. Ici, le FMP 0060, King Alcohol est dédié aux consommateurs d’alcool : This Record is dedicated to any drinker, friends and enemies + to all dead musicians. King Alcohol : A hymn on him, the last mighty confederate against cold, soberness, hunger, sleeplessness, and a special kind of ghosts. Une qualité remarquable du Rüdiger Carl Inc. est la grande lisibilité de la musique et ses équilibres parfaits, malgré l’(abus d’)alcool. L’écoute mutuelle est poussée très loin : les musiciens combinent leurs jeux dans une construction aussi sophistiquée et dynamique que leur musique est expressionniste et violente. Il faut dire que Christmann et Schönenberg évoluèrent par la suite dans une musique plus « sérieuse » : leur  duo remarquable, plus proche de la musique contemporaine, fut une des premières formations « continentales » à se rapprocher du courant de la musique improvisée radicale britannique. Quant à Rüdiger Carl, il continua son parcours avec Irene Schweizer durant plus d’une décennie avant de muer avec la clarinette et le concertina dans une expression arty, dont le groupe COWWS fut l’accomplissement. Schönenberg abandonna la musique au début des années 1980. Tout çà pour dire que ce King Alcohol du R.C.Inc. constitue un court passage free « free-jazz » dans l’évolution de ces musiciens, offrant de véritables points communs avec l’exubérance du New York Art Quartet (John Tchicaï, Roswell Rudd et Milford Graves) et la fureur du  Live at Donaueschingen d’Archie Shepp, les mélodies thématiques et la prégnance du blues en moins. En effet, leur musique est quasi-complètement improvisée (free free-jazz), si ce ne sont des énoncés – signaux avec des intervalles particuliers, motifs propices aux échanges. Même si Carl et Christmann abandonnèrent cet idiome énergétique, une voie musicale qu’ils ont totalement récusé – tout en assumant l’avoir incarnée durant leurs jeunes années -, leur concert de janvier 72 est vraiment exemplaire. Carl m’a déclaré assez récemment ne plus vouloir jouer du sax ténor du tout, cet instrument étant pour lui la marque de cet ultra expressionnisme banni. S’il avait continué sur cet instrument, il aurait pu rivaliser avec Larry Stabbins ou John Butcher et se profiler comme un authentique challenger historique d’Evan Parker. Il faut rappeler que Rüdiger Carl a enregistré et tourné avec la pianiste Irene Schweizer et le batteur Louis Moholo, alors que Parker était (et est toujours) associé avec Alex von Schlippenbach et Paul Lovens, tout comme Brötzmann l’était avec Fred Van Hove et Bennink. Les albums fort appréciés de ces musiciens dans leurs trios respectifs faisant alors office de fil rouge du label FMP et le fonds de commerce du label. Un sérieux pedigree ! En bref, Rüdiger Carl ne se contente pas d’hurler, mais il joue en profondeur avec les sons, les intervalles, les doigtés, l’articulation des sonorités, les harmoniques, se révélant à l’époque un des saxophonistes les plus convaincants de la free-music. Quant à Günter Christmann, il assume de manière rare tous les aléas de son instrument ingrat avec une puissance étonnante qui rivalise avec celle de feu Hannes Bauer. Il a l’intelligence musicale pour négocier  les changements de cap de l’improvisation collective, tels que passer du jeu en trio vers le duo avec le batteur en poursuivant son discours, sans une fraction de seconde d'hésitation. Dans le jeu de Christmann en duo avec le souffleur (ALT KA #2), on entend clairement qu’il a écouté soigneusement celui d’Albert Mangelsdorff, dont il reproduit les nuances avec émotion et une superbe précision pleine de musicalité. Detlev Schönenberg avait développé une démarche voisine de celle de Pierre Favre à la même époque, un album de ce dernier dans une instrumentation similaire en compagnie du saxophoniste Jouk Minor et du tromboniste Eje Thelin, Candles Of Vision, faisant foi. Une maîtrise des frappes, accents et roulements coordonnés dans une conception des rythmes libres et flottants gérés simultanément avec une palette de petits sons détaillés qui s’inscrivent avec précision dans le flux. Un orfèvre dont l’art tenait superbement la route face aux Tony Oxley, Paul Lytton, Paul Lovens et Han Bennink, intimidants virtuoses qui faisaient eux aussi partie de la même scène. Il suffit d’entendre son solo dans ALT KA # 2, pour se faire une idée du phénomène.  Hormis sa collaboration avec Christmann, les 4 albums qui en découlent et un éphémère duo avec le percussionniste Michael Jüllich, on ne lui connaît aucun autre association. Il existe un album solo chez FMP (SAJ – 04), un des premiers albums SAJ publiés vu la haute qualité de son jeu étincelant (D.T. Spielt Schlagzeug). Pour des raisons trop longues à expliquer ici, il a fini par faire l’impasse sur une carrière musicale. Pour un tas de raisons, je ne saurais que recommander ce King Alcohol, dont la séquence des plages originales figurent au CD 1 (39’28), et parce qu’aussi, CvsD a ajouté  70’21’’ de musique jamais publiée jusqu’à présent sous le titre ALT KA # 1 jusque # 7. Les détails de la pochette ne précisent pas si ce deuxième enregistrement a été réalisé lors du même concert ou festival à Berlin. Toutefois, la qualité sonore du document est aussi bonne que celle de l’album FMP. On découvre ici et là les amorces de la collaboration intensive du duo Christmann – Schönenberg, qui fut à mon avis un des groupes number one de la free music européenne – improvisation libre des années 70. Dans l’évolution du free-jazz, King Alcohol (New Version) est un témoignage de haute volée concernant un tromboniste. Il n’y avait encore aucun enregistrement free-jazz à cet égard (avec un trombone) aussi concluant du côté US à cette époque. Même si j’apprécie sincèrement Roswell Rudd, il est évident que l’alors très méconnu Günter Christmann était un  tromboniste plus complet, au jeu plus varié et plus raffiné tout en étant aussi lyrique et sonore. GC fait quasiment jeu égal avec Mangelsdorf, le tromboniste le plus doué du jazz-free avant l’arrivée de George Lewis. Il suffit de compter les séquences où les trois musiciens combinent leurs efforts dans des formes et des échanges renouvelés pour s’en convaincre. Christmann étant à mon avis un artiste qui propose une démarche de l’improvisation libre aussi singulière et originale que celles de Bailey, Prévost, Parker, Stevens, Van Hove etc… (« chef de file ») et comme les témoignages des débuts de ces artistes ont été réédités de manière exhaustive, il n’est que justice de contempler la pochette et le graphisme originaux du FMP 0060 sur cet album CD cartonné, tel qu’à l’époque de la Mierendorfstrasse, pour en goûter tout le suc musical, souvent plus convaincant que certaines publications complétistes. Je possède le LP FMP 0060 réédité avec la photo rougeâtre et vitreuse de la bouteille et des verres des débuts de l’ère FMP- Behaimstrasse, l’édition originale étant hors de prix. Amen !
* Inédit incroyable : la palme revient à Hunting the Snake, un concert du Schlippenbach Quartet de 1975 avec Kowald Parker et Lovens, démentiel. 

The 80’s Concerts Sven Åke Johansson
coffret 5 CD SÅJ 33/34/35/36/37
Rimski Wolfgang Fuchs / Mats Gustafsson / Sven-Åke Johansson Berlin 1990
Erkelenzdamm Richard Teitelbaum / Sven-Åke Johansson  Berlin 1985
Splittersonata Gunther Christmann / Wolfgang Fuchs / Sven Åke Johansson / Tristan Honsinger / Torsten Müller / Alex von Schlippenbach Bremen 1991
Umeà Gunther Christmann / Wolfgang Fuchs / Sven-Åke Johansson / Tristan Honsinger Umeà 1989
BBBQ Chinese Music Steve Beresford / Rudiger Carl / Han Reichel / Sven Åke Johansson Paris Dunois 1982
Excellemment enregistrés, ces albums livrés en coffret par Sven-Åke Johansson sur son label SAJ CD sont bien plus que des documents de l’époque glorieuse où la free-music improvisée libre européenne (et le « free-jazz ») connut une désaffection du public et des organisateurs festivaliers. Un événement ! Le suédois Sven-Åke Johansson est à la fois batteur de jazz à risques, improvisateur libre, compositeur, musicien expérimental, poète diseur spécialiste du sprechgesang, accordéoniste, artiste graphique et tout cela à la fois. Il fut parmi les premiers compagnons de Peter Brötzmann et de Peter Kowald durant les années 60, une aventure immortalisée par les albums légendaires For Adolphe Sax et Machine Gun. Il entretient une très longue relation de jeu et d’amitiés avec le pianiste suédois Per Henrik Wallin, un artiste fascinant qui nous a quitté trop tôt. Son duo avec Alex von Schlippenbach a enregistré à plusieurs reprises sur le label FMP (Live at Quartier Latin, Drive, Kung Bore) SAJ, le label frère de FMP a été baptisé de ses initiales après que son album solo l’ait inauguré (SAJ-01 Schlingerland Schwingungen). Il a travaillé aussi avec le saxophoniste Alfred Harth qui, à 16 ans, fut le premier pionnier recensé de l’improvisation tout à fait libre (Just Music Francfort 1965) sur le continent (Canadian Cup of Cofee SAJ). Trois des cd's de ce coffret nous le font entendre avec le saxophoniste sopranino Wolfgang Fuchs, aussi géant de la clarinette basse, un des plus grands souffleurs de cette scène. Le personnel de la Splitter Sonata est presque celui du disque Idyllen Und Katastrophen (Sven-Ake Johansson Po Torch 9). Idyllen und Katastrophen est l’album préféré de Gérard Rouy, le spécialiste afficionado FMPiste – inconditionnel des Brötz Kowald Schlipp Fred Lovens Fuchs Christmann Rutherford Parker Coxhill etc… -  le plus insigne de la francophonie. Gérard a vécu cette aventure en première ligne en suivant les festivals et concerts comme photographe et journaliste pour Jazz Magazine. Découvrir le coup d’archet oblique et le son extraordinaire de Tristan Honsinger survolé par les morsures explosives du sopranino de Fuchs, le chahut décalé des rimshots et friselis de SAJ au hi-hat, les grommèlements sussurés par Gunther Christmann dans la coulisse est le summum de la délectation. Entre eux s'installe une collaboration télépathique évitant le vulgaire "call and response" gestuel. Oubliez Company, AMM et trois kilos de CD’s des Brötzm et MatsG avec PNL…  Découvrez Fuchs et un Mats Gustafsson trentenaire citant Rimsky-Korsakoff scandé par le batteur dans un fameux squat Berlinois avant de s ‘éclater. J’aime par dessus tout le sens de l’espace dans les interventions percussives disruptives de SAJ, un batteur virtuose qui décale et décompose les gestes et rudiments traditionnels de la batterie attirant irrévocablement l'écoute et questionnant l'instant musical. Son jeu d’accordéon est plus que mélancolique et le gesprechgesang qu'il maîtrise à la perfection crée une dimension théâtrale vivante qui place la musique "abstraite" des Christmann, Fuchs et Honsinger dans un univers aussi ludique et poétique que familier. Le vécu de SAJ crée du sens complémentaire ou supplémentaire avec la justesse de ton des  meilleurs acteurs. Du grand art. L'avant-garde pour tous ! Le Britisch Bergisch Brandenburgisch Quartet avec Steve Beresford, Rudiger Carl au ténor, Hans Reichel et sa guitare et Johansson à l’accordéon vaut son pesant de schnaps et de schnitzel !! Dialogues et écoutes merveilleux entre ces personnalités que tout semble opposer !! Une musique chaleureuse et poétique. On est ici au cœur de la fabrique «musique-improvisée-européenne-radicale» dans ce qu’elle a d’irremplaçable. Vous rendez-vous compte ? TROIS CD’S AVEC WOLGANG FUCHS ! Fuchs est à Dolphy, ce que Evan est à Coltrane  !!!  FUCHS et un TRISTAN Honsinger épuré avec les facéties rythmiques de Sven Ake ………  Idyllen und Katastophen …. Et deux CD’s avec Tristan et GÜNTHER CHRISTMANN (!!), rejoints pour un cd par Alex von Schlippenbach et le contrebassiste Torsten Müller .... pffff ....  dingue !
J’arrête : plus que ça tu meurs … …… !!   John Corbett est un snob  !! 
Consultez : http://www.sven-akejohansson.com/de/ et commandez cela bien vite ...
  

samedi 11 novembre 2017

Steve Noble & Yoni Silver/Ivo Perelman Matthew Shipp & Nate Wooley/ Birgit Ulher / José Lencastre Nau Quartet/ Dave Tucker John Edward Rangecroft & Marcio Mattos/ Richard Scott with David Birchall & Phil Marks

Steve Noble & Yoni Silver Home Aural Terrains 2017

Aural Terrains, le label du compositeur  Thanos Chrysakis, nous offre un superbe enregistrement en duo entre le clarinettiste Yoni Silver et le percussionniste Steve Noble. Le Londonien Steve Noble est connu pour sa participation à des aventures musclées avec Alan Wilkinson, Peter Brötzmann etc… mais il faut absolument suivre sa démarche de percussionniste - improvisateur radical, spécialement avec le clarinettiste Yoni Silver, lui aussi installé à Londres. C’est principalement avec un archet frottant cymbales (chinoises), gongs, crotales que Steve Noble crée des vibrations métalliques, des résonances cuivrées et des crissements en suspension dans l’espace qui rencontrent les harmoniques et le souffle vagabond de Yoni Silver. L’écoute mutuelle est intense, tout autant que la qualité sonore. Ce qui pourrait être un effet exploité durant quelques minutes avant de passer à autre chose est ici mis en œuvre de manière intensive et jusqu’au boutiste. Il faut entendre les gémissements de la peau du tambour sous le frottement d’une cymbale chinoise pressée contre elle. Des voix irréelles prennent corps des manipulations maniaques du métal contre les peaux entremêlées de résonances de cloches – gongs et s’allient magiquement aux grincements aigus de la colonne d’air. Steve Noble va aussi loin qu’Eddie Prévost dans sa recherche sonore (cfr Loci of Change). Home est un fantastique album qui met en évidence la face cachée de la percussion et d’un souffle chercheur : les deux artistes créent des connections magiques. Les timbres et les vibrations sonores de chaque musicien s’interpénètrent, se confondent, leurs extrêmes se rejoignent. Maître-achat improvisation radicale.

Ivo Perelman Matthew Shipp and friends

Ivo Perelman & Matthew Shipp
Live In Brussels 2CD Set Leo Records CDLR 804/805.
Scalene avec Joe Hertenstein Leo Records CDLR 808
Live in Baltimore avec Jeff Cosgrove Leo Records CDLR 806
Heptagon avec William Parker & Bobby Kapp Leo Records CDLR 807.
Philosopher’s Stone avec Nate Wooley Leo Records CDLR 809
Octagon Ivo Perelman Nate Wooley Brandon Lopez Gerald Cleaver Leo Records CDLR 810

Étant moi-même, l’initiateur et l’organisateur de ce concert à L’Archiduc avec l’aide enthousiaste du patron, Jean-Louis Hennart, et de Koen Vandenhoudt et Christel Klumpen de Sound In Motion et aussi l’auteur des notes de pochette, raccourcies mais lisibles dans leur entièreté sur ce blog, il m’est impossible d’en donner un compte-rendu « objectif ». Mais Ivo Perelman a tenu à publier l’entièreté de ce concert Live In Brussels en priorité par rapport aux autres concerts de la tournée (Munster, Amsterdam, Moscou et Vienne) parce qu’il pense qu’il s’agit du meilleur ou du « plus profond » . En fait, il n’avait pas eu le sentiment d’avoir fait son meilleur concert, depuis longtemps. Et cela était aussi dû à l’accueil et à l’écoute active « warm » du public nombreux qu'il trouvait encore plus intense que dans son propre pays, le Brésil.
En écoutant Scalene, l’album de Perelman-Shipp avec le batteur Joe Hertenstein (Leo Records LRCD 808), on est immédiatement plongé dans l’univers à la fois lyrique et anguleux, foisonnant et immensément expressif qui fascine dans Live In Brussels. L'art d' Ivo Perelman allie l’expressionnisme intense et le vibrato intime des souffleurs afro-américains (Shepp, Ayler), le lyrisme latino-américain (Gato Barbieri) à la recherche éperdue des sonorités vers des aigus étirés et hypertrophiés, sublimant l’extension de l’improvisation dans le détail. L’entente et la cohérence avec le pianiste Matthew Shipp est totale, chacun assumant leur liberté d’improvisateur et la solidarité dans un dialogue permanent, intense, subtil sans clin d’œil gratuit et gesticulation inappropriée. Une rare évocation de Monk au démarrage de la Part 7. Cette capacité à allonger et poursuivre sur la distance les variations des motifs inventés sur le champ confère à leur musique une densité magique. La toute grande classe. Joe Hertenstein témoigne d’une véritable empathie en suivant et en commentant l’évolution méandreuse, tournoyante des deux inséparables duettistes. C’est aussi ce qu’a compris ou ressenti Jeff Cosgrove, le batteur présent dans Live in Baltimore : s’insérer dans la dynamique du duo Perelman-Shipp d’une ballade apaisée à un chassé-croisé polytonal dans des structures spatiales multiples polygonales ou polyhédriques interdépendantes qui vont vers l’infini en conservant toutes les caractéristiques de son jeu est en soi une belle performance. Les titres des albums, Scalene, Heptagon avec Shipp, William Parker et le vétéran de la batterie free Bobby Kapp ou Octagon confirment cet amour de la géométrie, de l’architecture complexe. Et pourtant, ce dernier album a été enregistré sans Matthew Shipp, mais avec le brillant et intrigant trompettiste Nate Wooley, le contrebassiste Brandon Lopez et le batteur Gerald Cleaver. Aux constructions qui évoque cette géométrie dans l’espace, le quartet semble préférer batifoler dans des assemblages de guinguois reposant sur des piliers flageolant, et sur des chemins de traverse qui font le grand écart, attiré par le jeu atypique de Nate Wooley. Sans doute, Octagon initie une nouvelle phase dans le cheminement d’Ivo Perelman. J’y reviendrai peut-être plus tard. En effet, j’ai mis Philosopher’s Stone sur la platine : Ivo Perelman et Matthew Shipp partagent leurs échanges somptueux avec le trompettiste Nate Wooley, un musicien chercheur et découvreur de nouveaux sons qui a travaillé intensivement avec un percussionniste et « artiste noise » nettement plus radical : Paul Lytton, un des chefs de file de l’improvisation libre « européenne ». Les trois musiciens tentent avec un beau degré de réussite à intégrer les bruissements inouïs du trompettiste dans leur démarche. Celui-ci phrasant aussi comme un jazzman (d’avant-garde) quand le besoin se fait sentir. Dans la part 6, Ivo Perelman n’hésite pas à sortir complètement des sentiers battus : je n’ai jamais entendu un saxophone déchiqueter le son et les notes comme cela ! Je ne vais pas affirmer que cette session est un « masterwork ». Mais, ce qui compte ici, c’est la capacité à créer du neuf, à improviser, à surprendre à chercher les sons, parallèlement parfois à l’ordonnancement du jeu du pianiste. On croise le grand jeu des articulations,  des fétus de sons, des bribes de mélodies, les filets de timbre extrêmes et les ouah-ouahs étranges de Wooley, des pérégrinations dans un no man’s land, celui de l’écoute des sons. Les duettistes IP& MS jouent le jeu, celui-ci s’ouvre sur des trouvailles. Les techniques alternatives dites « non idiomatiques » n’empêchent pas les souffleurs de jongler avec des éléments mélodiques bluesy qui font mouche aussi efficacement que Lester Bowie ou Leo Smith. Perelman s’inspire du jeu et des sons de Nate Wooley avec bonheur, étendant ses registres et celui du sax ténor. On pense à Lol Coxhill. En ce qui me concerne, Philosopher’s Stone est un des plus beaux albums des trois artistes et qui sort complètement de l’ordinaire Perelmanien.  Donc, une Série Perelman – Shipp aussi dense, aussi fabuleuse que les six albums Art of the Trio et les sept albums saturniens de The Art of Perelman-Shipp.

Birgit Ulher  Matter Matters Hideous Replica HR14

Trois compositions pour un CD à 100 copies.
1/ Traces (2014) for trumpet, radio, speaker, objects and tape. By Birgit Ulher. 20 : 59
2/ From Die Schachtel (2013) By Christoph Schiller. A collection of graphics, numbers, texts and pitch structures. 11 :54
3/ Splitting 21 (2011 – 2013) for trumpet, splitter and tape. By Michael Maierof  and Birgit Ulher. 10 :33
Trompettiste et improvisatrice acoustique, la Hambourgeoise Birgit Ulher est une artiste sonore incontournable dont la démarche se situe aux confins de trois pôles : improvisation radicale, art sonore et composition alternative. Dans la pochette, une reproduction de Traces sur papier millimétré avec des traits de couleurs et des indications chiffrées. J’ai souvent commenté la musique de Birgit Ulher au fil de ses parutions : avec Damon Smith et Martin Blume ou Ulli Philipp et Roger Turner, en solo (Scatter, Hochdruckzone ou Radio Silence No More), en duo avec Gino Robair, Heddy Boubaker, Ute Wassermann, Leonel Kaplan ou Felipe Araya. La matière de son travail est la matière du son pour lui-même, l’acte de jouer focalisé, les sourdines bruissantes, l’air qui frémit dans l’embouchure, le filet de timbre qui perce, le gargouillement du souffle, la radio comme source sonore, des signes intangibles. Matter Matters : Trois cheminements - mises en évidence de ses recherches et découvertes.  Une artiste essentielle.

José Lencastre Nau Quartet Fragments of Always FMR CD 451-0517

Avec le pianiste Rodrigo Pinheiro , entendu à maintes reprises avec le trompettiste Luis Vincente, et le contrebassiste Hernani Faustino, un pilier de la scène portugaise, le saxophoniste Jose Lencastre et le percussionniste Joao Lencastre forment le Nau Quartet, un ensemble soudé, cohérent, pour un projet d’une musique « free-jazz » de la meilleure facture dans une perspective contemporaine et une profonde conscience de l’acte de jouer collectivement. L’écoute mutuelle se concentre sur le jeu de chacun en suivant des schémas subtils, le squelette que l’originalité de leurs jeux respectifs, leur empathie et les nombreuses connections timbrales, rythmiques, thématiques, scalaires, etc… étoffe et nourrit la musique de manière organique pour ouvrir des horizons enchanteurs. La démarche du soliste qui s’appuie sur riffs et pulsations est absente ici, chaque instrumentiste se posant à l’égal de l’autre dans le champ sonore et la masse orchestrale. Le souffleur et le pianiste articulent leurs phrasés sur les vagues rythmiques incessamment renouvelées, accentuées ou différées du bassiste et du batteur. Une Aphorism Suite en six mouvements balancés, à la fois étudiés et spontanés et six compositions supplémentaires : Fragments of Always, Peculiar Landscape, Dancing Snake, Visible Wind, All Ways, Axis Mundi. Leur trame est riche et son incarnation est vécue, vivifiée, assumée. Une démarche  originale pour le modèle sax-piano-basse-batterie, sentier battu par tous les musiciens de (free) jazz sur tous les continents. On songe à Paul Bley et son trio avec Altschul, lorsque ceux-ci scotchés au Little Theatre Club vers 1967/68 découvrant John Stevens et Evan Parker ou Trevor Watts, enregistrèrent Ending et So Hard It Hurts suspendus dans l’abstraction. On dit qu’une bonne improvisation collective se déclare lorsque la musique du groupe va au-delà de la somme de ses parties. Le pianiste Rodrigo Pinheiro est une solide recrue qui pourrait briller aisément en tirant les marrons du feu avec sa brillante technique (en « détonnant ») , mais il s’échine à jouer dans l’esprit du quartet. Ces quatre musiciens peuvent paraître individuellement « moins » originaux que d’autres, MAIS la manière dont ils évoluent en quartet et leur étroite imbrication les distinguent de nombreux groupes proches de leur style : subtilité, équilibre et  togetherness !

Paulinus Trio : Dave Tucker / John Edward Rangecroft / Marcio Mattos Creative Sources CS CD 242
Trois personnalités différentes de la scène improvisée londonienne et membres du London Improvisors Orchestra depuis 1999. Au fil des sessions, une amitié est née et leur trio a vu le jour. Une constante de la communauté des improvisateurs britanniques est d’essayer de jouer ensemble même si à première vue les personnalités ont ou semblent avoir des divergences et des esthétiques et des expériences musicales (très) différentes. C’est le cas du Paulinus Trio. Ici le texte de mon post sur FB le 22 décembre 2016 à propos de cette video youtube : https://www.youtube.com/watch?v=1CNRuCbObpI&feature=share
The Paulinus Trio live at John Russell 's Mopomoso in Dalston's The Vortex : Dave Tucker guitar , John Edward Rangecroft tenor sax & clarinet and Marcio Mattos double bass. John was pal with Trevor Watts , John Stevens and Paul Rutherford during their musical stay in the Royal Air Force .... which team became the very influential Spontaneous Music Ensemble John recorded landmark recordings with Ken Hyder but overall has his own tenor hitting sound. Marcio Mattos is a stalwart bass and cello player in the London community from Brazil having initiated his career playing with John Stevens and SME , Eddie Prévost , Georg Graewe etc... he is simultaneously a fine jazz avant player and an intriguing cello &electronics explorer . With electric guitaristDave Tucker, they are members of the London Improvisers Orchestra. Dave is a genuine exponent of the electric guitar and a true free improviser from an avant noise punk background . See how he handles the guitar with the right hand 's fingers in a sensitive maneer making his way in communicating with these two superb acoustic players... That would have been a great set in one of the late Derek Bailey's Company ...
Pochette : terre cuite de Marcio Mattos.

Hyperpunkt Richard Scott ‘s Lightning Ensemble Sound Anatomy SA013.

Vraiment , un excellent document éclairant la vivacité et la pertinence de la démarche pointilliste sonore aux multiples pulsations de Richard Scott, le spécialiste British du synthétiseur modulaire installé à Berlin. Son groupe, le Richard Scott ‘s Lightning Ensemble est une variété rare / offshoot spirituel du Spontaneous Music Ensemble « post Face To Face » (1973). L’élément central est le beat, le sens du rythme et de son décalage, la précision des accents, les sons rares projetés à la nano-seconde près, mais aussi la dynamique et un superbe sens du détail, très fin. Philip Marks s’est déjà révélé puissant et déjanté avec Bark ! featuring Paul Obermayer (electronics) et Rex Casswell (guitare éclectrique). Groupe essentiellement acoustique, le R.S. Lightning Ensemble va voir aussi du côté du guitariste acoustique John Russell et de Terry Day et John Stevens avec leur mini-batterie. Le sax ténor lunaire et désincarné de Sam Andreae intervient dans trois morceaux apportant un éclairage désenchanté sur la dynamique du trio. Le guitariste David Birchall ne joue donc que de la guitare acoustique par petites touches, coups brefs, percussifs, les doigts de la main droite rebondissant sur les cordes amorties. Surfant sur ce découpage acéré du temps, le jeu virevoltant, brouillé et volatile de Richard Scott, nous fait oublier qu’il s’agit d’électronique. La plupart du temps, les musiciens électroniques étendent et répandent leurs nappes, envahissant l’espace sonore. Richard Scott pratique un jeu essentiellement basé sur le temps fragmenté, sélectionnant les accents percussifs les plus pointus, les moins évidents tout en travaillant le son, la hauteur des notes, la texture, en réduisant la durée.  Une musique grouillante, fébrile, cohérente… cohérente car les gestes des musiciens interagissent, coordonnés  par une télépathie improbable. Les titres qui intitulent ces 11 courtes improvisations  traduisent la démarche phonétiquement et par leur sémantique : skiffle, scuffle, scatter, skittles, spitballs, sniggers, snoggers, scrapers, streakers, squatters, squitters. Au fur et à mesure cela dérape, fascine. On cherche à saisir le mouvement, à agripper le moindre son, l’instant fugace. Je suis preneur !